Le prof de yoga, thérapeute ?

Le prof de yoga,  c’est un peu l’apprenti sorcier. C’est celui qui voit que ses élèves sortent souvent avec la banane de ses cours. Alors oui, le yoga fait du bien. Alors oui, on peut dire que le prof de yoga fait du bien.

Souvent, des élèves arrivent dans les cours de yoga avec une prescription de leur médecin, car la mode faisant bien les choses, les magazines aussi, les réseaux sociaux, le yoga a cette image de pratique qui assouplit. Jusque là rien ne me dérange. Bien au contraire ! …. c’est vrai. Cela devient plus problématique lorsque l’élève a une véritable blessure physique allant bien au delà de la simple application des recommandations de prise et de tenue de postures que l’on retrouve dans tout livre de yoga.

Suis-je dure ? Oui ! Les livres de yoga sont faits pour des personnes qui sont symétriques et n’ont aucun schéma de compensation physique. Alors oui dans l’idéal, si je contracte ce muscle, j’entraîne celui-ci et c’est gagné, j’ai un alignement. Cette histoire d’alignement vient de Iyengar. Elle n’existe pas ailleurs. Si dans l’absolu c’est ce vers quoi il faudrait tendre, elle ne tient pas compte de la réalité du squelette humain. Attention, cela n’enlève rien aux vertus du yoga Iyengar, car il y en a. Mais, chaque corps est particulier et il ne s’agit pas de plier son corps aux instructions de prise de position mais plutôt de vivre le yoga dans son corps.  J’ai lu « YOGA une Histoire Monde » et « Aux origines du yoga postural moderne » de Marc Singleton. Ces deux livres vous permettront de prendre un peu de recul. Je suis critique oui, sur la partie posturale du yoga. 

Anatomie et formation de yoga

Les formations comprennent toutes maintenant des heures d’anatomie mais honnêtement si ces heures vous apprennent qu’on a un fémur. Mais combien enseignent la lecture du corps, la possibilité d’aménager une posture ? Généralement peu de jeunes profs ont ce recul. Cette connaissance, on la trouvera auprès de personnes qui auront suivi une formation longue, pour comprendre la bio-mécanique.  Un médecin met des années à se former. Un osthéo et un kiné aussi. Et on voudrait prétendre en quoi, 25 ou 30 h connaitre tout du corps ? Combien de prof demande à chacun de ses élèves quelles sont ses blessures (et pas que physiques) et si elles ont évoluées ? Combien de prof propose la posture sur la tête sans connaitre l’état des cervicales de ses élèves ou tout traumatisme sur le haut du dos / épaules ?

Bien sûr, on apprend et on peut guider les élèves … mais cela ne fait pas de nous des thérapeutes. J’adore l’anatomie, je dois avoir plus de 300 h d’apprentissage … j’essaie d’apprivoiser mon propre corps avec mes connaissances. Pour autant, je ne peux pas me lancer dans un cours en ayant pour ambition de guérir tel ou tel qui a une pathologie. Je vais essayer de lui apprendre des gestes à reproduire (et notamment le premier d’entre eux, bien respirer), des abdos à pratiquer. Je vais adapter toutes les postures et surtout je vais être patiente. Mes élèves ne peuvent pas enchainer 3 salutations au soleil ? Et alors ?! Ce qui compte, ce sont leurs efforts (tapas), la façon dont le corps s’ouvre petit à petit, leur bâillement (signe magnifique de relaxation), leur envie du prochain cours.

Trop souvent, je vois sur les réseaux sociaux des prof demander conseils pour une pathologie particulière. Tout le monde répond. Ha bon ? Parce qu’on est médecin.Parce qu’on nous enseigne une chose : nos élèves connaissent leurs corps. Je vais juste y mettre un bémol. Beaucoup n’osent pas décrire précisément ce qu’ils ont ou ont du mal à évaluer l’intensité de la douleur. On a tous cette phrase constante : ce n’est rien, ce n’est pas la mort ! Cette petite phrase, tellement porteuse de honte … et quand vous osez la dire on vous traitre de petite chose, de personne qui se plaint tout le temps, comme si on était dans une compétition absolue, tout le temps, même dans ses douleurs….. c’est à celui qui serrera le plus les dents …. Les sportifs de haut niveau sont entourés d’un staff impressionnant pour les aider à prendre soin de leur corps et pas que pour performer. Pourquoi pas nous ?

de l'utilité des accessoires ...

Enfin, ultime réflexion : pourquoi si peu utilise les accessoires : blocs, couvertures, sangle … et j’en passe …En quoi est ce que je porte atteinte à l’esprit du yoga en utilisant un accessoire ? Beaucoup diront parce qu’ainsi on ne va pas loin et on écoute son corps. Oui la leçon est là. C’est archi vrai. Mais avant que notre ego cesse de nous aveugler, on a juste le temps de se faire mal. Alors quoi ? Oui les accessoires sont utiles. Pour ma part j’adore sentir l’espace dans mon corps, le mur qui me rectifie le positionnement de certains de mes muscles. Et je ne suis pas nécessairement dans une posture de dingue. Non je suis dans la posture qui justement me permet de faire cesser tout ce brouhaha ….

Alors le prof de yoga est-il un thérapeute ? Sauf s’il est médecin ou kiné ou osthéo, NON ! Par contre, il propose un chemin magnifique à son élève. Il l’aide à se prendre en main et à vivre la plus belle des expériences celle du yoga. Il l’accompagne dans l’appréhension de son corps et, oui ! , sa guérison à partir du moment où les bons gestes mécaniques, ostéologiques et émotionnels ont été mis en place.

Il n’y a qu’un thérapeute, notre âme !

Quand toute parole est oubliée dans le silence, vous apparaissez devant vous-même avec netteté. Réalisant cela, les limites du temps s’effacent. Et dans ce moment, tout vient à la vie. Cet esprit merveilleux brille pur et rare comme un quartier de lune, comme une rivière d’étoiles, comme les pins recouverts de neige, et les nuages qui enveloppent les cimes. Irradiant son halo lumineux, lumière dans l’obscurité, il semble le rêve de l’alouette qui vole dans l’espace sans limite, il semble l’étang immobile d’un automne lumineux. Le temps insaisissable se dissout – inutile, et on ne discerne plus rien. Dans cette lumière tous les efforts s’oublient. Quel est le lieu de cette splendeur ? Où lumière et clarté écartent toute confusion ? Seul ce silence est l’enseignement ultime, seule cette lumière est la réponse universelle, la réponse sans effort, l’enseignement sans mots. » (poème « Le Silence » de Hongzhi Zhenguie, traduit par Luce Joshin Bachoux cité dans » La Bhagavad Gita ou l’art d’agir » de Colette Poggi.)

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